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Lorsque l’amour fait mal

Selon une victime de violence conjugale, il est impératif de dénoncer son agresseur dès le premier coup.
Photo: Isabelle Laramée

Selon une victime de violence conjugale, il est impératif de dénoncer son agresseur dès le premier coup.

« J’ai figé et c’est là qu’il m’a jeté au lit. Il m’a prise par la gorge et m’a claquée. Il m’a rentré dans le mur. Lorsqu’il a arrêté de me frapper, j’ai reçu les pires insultes. ''Salope!'' ''Putain!'' C’est encore pire que les coups, car on ressent la peur et on voit la violence dans ses yeux. »

Ces phrases, Michèle* les dit encore avec une certaine difficulté. Si ses ecchymoses sont parties depuis que son ex-conjoint l’a battue, les souvenirs de cette terrible soirée sont ancrés dans sa tête à jamais. Marqué à l’encre rouge, le récit de la malheureuse idylle a bousculé la vie de cette résidante de la région.

Pour celle qui croyait avoir rencontré son âme sœur en juillet 2011, l’amour peut parfois s’avérer douloureux. À 64 ans, Michèle a décidé d’entamer une relation amoureuse avec son voisin. Elle croyait pourtant bien le connaître…

« Au début, il était gentil, prévenant et attentif. Ironiquement, je me sentais en sécurité lorsque je l’ai rencontré! C’est incroyable. Nos trois premiers mois de vie de couple ont été notre lune de miel », se souvient-elle.

Puis, son conjoint a commencé à critiquer sa façon de s’habiller et de se coiffer. Il reprochait à Michèle de regarder les autres hommes.

« Comme j’étais amoureuse, je me suis pliée à ses demandes pour finalement réaliser que ça ne changeait rien. Au contraire, ses demandes étaient de plus en plus grandes. Le contrôle s’est installé et je ne l’ai pas réalisé. »

En espérant qu’il retrouve sa bonne humeur, Michèle a arrêté de travailler. Un geste qu’elle qualifie aujourd’hui de « grande erreur » puisqu’il a alors commencé à surveiller ses appels téléphoniques, ses sorties entre amies, etc. Elle n’avait même plus la liberté d’acheter ce qu’elle voulait. Le contrôle était presque total, dit-elle.

La violence psychologique a ensuite fait place à la violence physique. « Nous devions nous marier en février, raconte-t-elle. Un soir, je lui ai fait part de mon désir de reporter la date, car nous étions constamment en chicane. Il m’a dit de partir, puis il m’a frappée. »

Après avoir reçu les coups, Michèle s’est relevée doucement et a tenté de sortir de la pièce. « Il m’a dit : ''tu es fine maintenant''. C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’il était convaincu qu’il faisait la bonne chose. »

Prenant son courage à deux mains, Michèle est allée chercher de l’aide et a appelé les secours chez son voisin. Transportée en ambulance, la femme blessée a porté plainte contre son agresseur de son lit d’hôpital.

« J’ai figé et c’est là qu’il m’a jeté au lit. Il m’a prise par la gorge et m’a claquée. Il m’a rentré dans le mur. Lorsqu’il a arrêté de me frapper, j’ai reçu les pires insultes. ''Salope!'' ''Putain!'' C’est encore pire que les coups, car on ressent la peur et on voit la violence dans ses yeux. » Michèle *

Porter plainte du premier coup

Selon cette victime, il est impératif de dénoncer son agresseur dès le premier épisode de violence. Malgré le fait que l'agresseur se confond souvent en excuse et qu’il tente de justifier ses gestes, il recommencera tôt ou tard, indique Michèle.

« Porter plainte est difficile, car on avoue par le fait même être une victime. On ressent une certaine honte. Mais il faut porter plainte dès le premier coup, car sinon c’est comme si on leur donnait la permission », souligne celle qui aura attendu un an avant que son ex-conjoint plaide coupable devant la cour au printemps 2013.

Elle raconte d’ailleurs ce geste avec une grande fierté, car pour elle, c’est une façon de protéger les autres femmes qui pourraient être victimes de son agresseur à leur tour.

« C’est une question de solidarité féminine, dit-elle. Les hommes plaident souvent coupables si les femmes vont jusqu’au bout et gardent la plainte ''vivante''. Ils voient alors qu’ils n’ont plus d’emprise sur leur victime. Je sais que les femmes ont cette force-là. Je me suis dit que si jamais un jour il touche à une autre femme, il aura déjà des antécédents judiciaires et ça facilitera la démarche juridique. »

Michèle a eu recours à diverses thérapies et ateliers afin de pouvoir se sortir de cet épisode. Encore aujourd’hui elle fait des cauchemars et un sentiment d’angoisse la tenaille parfois. Mais la douleur s’estompe peu à peu, rassure-t-elle.

« Dieu merci, j’ai eu la chance de rencontrer une intervenante de la maison d’hébergement La Clé sur la porte. Elle m’a été d’une très grande aide. Nous avons l’impression d’être très seules après une agression. Le fait d’être en contact avec la maison d’hébergement grâce à des ateliers externes m’a permis d’être écoutée sans être jugée », souligne celle qui s’est réfugiée chez ses filles après cet épisode.

Pour celle qui a aussi pris des sessions intensives d’autodéfense, la sensibilisation contre cette violence doit être encore plus grande, car peu de gens comprennent la réalité de la femme battue.

« On la victimise, mais on la culpabilise en même temps en disant qu’elle avait juste à partir. Les hommes violents trouvent des excuses et les médias traitent aussi les hommes en victimes en trouvant des raisons liées à l’enfance, à la situation financière ou amoureuse. L’éradication de la violence conjugale est un projet de société, au même titre que le tabagisme ou l’environnement. »

 

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