Des désillusionnés de la démocraties se plaignent d'un manque de choix
MONTRÉAL — Quelques centaines d'étudiants se sont rassemblés à Montréal et à Québec sous le slogan «Élections, piège à cons», pour protester, entre autres, contre l'absence de partis qui les représenterait réellement, à deux jours d'élections générales où leur tranche d'âge détient les plus bas taux de participation.
Outre la représentation politique de leurs intérêts à l'Assemblée nationale, la Coalition de résistance pour l'unité étudiante (CRUES), qui regroupe des associations étudiantes dans toute la province et représente 30 000 membres, s'est insurgée contre de futures coupes en éducation, déplorant l'état de ses établissements, et a dénoncé le coût de la vie, trop élevé pour plusieurs étudiants.
«La classe politique, elle s'en fout de nous», a lancé un porte-parole de la CRUES à la foule devant lui. «Élections, piège à cons, ce n'est pas parce qu'on est cons: c'est qu'il faut qu'on sorte d'un modèle où notre seul levier politique, c'est un vote aux quatre ans», a-t-il dit.
La responsable des affaires internes à la CRUES, Sophie Bouchard, a abondé dans le même sens, en entrevue avec La Presse Canadienne. «Si les gens ne croient pas au processus démocratique, c'est peut-être parce que le gouvernement nous empêche d'y croire», a-t-elle soutenu, ajoutant que des actions citoyennes, comme la grève et la manifestation, sont plus utiles pour se faire entendre des élus.
«À un moment donné, il n'y aura pas le choix de nous écouter parce que ce n'est pas le petit bout de papier qui va changer grand-chose au final, a affirmé Mme Bouchard.
La professeure en politique appliquée à l'Université de Sherbrooke, Isabelle Lacroix, a dit que c'était précisément cette justification qui revenait le plus souvent dans les raisons expliquant l'absentéisme, un phénomène en croissance pour toutes les tranches d'âge aux élections, mais prévalant chez les jeunes.
Elle le définit comme étant une mise en retrait de la part des citoyens qui possèdent le droit de vote et peuvent l'exercer, mais qui refusent volontairement de le faire, car le processus ou les propositions ne les rejoignent pas.
Un cercle vicieux
Selon la Vitrine statistique sur les jeunes de 15 à 29 ans, les personnes âgées de 18 à 34 ans détiennent le taux de participation le plus bas, avec un peu plus de 54 % de cette démographie n'ayant pas voté aux élections provinciales de 2022.
Élections Québec rapporte que 66,15 % des personnes inscrites sur la liste électorale, tous âges confondus, ont voté en 2022, ce qui signifie qu'un peu plus de 2,1 millions de Québécois, soit environ le tiers de l'électorat, ne se sont pas rendus aux urnes.
Elle a souligné que l'abstentionnisme ne signifie pas un désengagement politique pour autant. «Les jeunes, et c'est une tendance documentée, vont maintenir une implication sociale à teneur politique de manière très importante», a-t-elle affirmé. Elle a ajouté que l'impact d'actions comme des manifestations ou du bénévolat permettait de constater concrètement les demandes politiques, alors qu'un crochet dans un isoloir pouvait sembler être un geste minime.
«On ne peut pas assumer que toute personne qui ne va pas voter le fait par manque d'intérêt, a postulé Mme Bouchard. La vie politique, ça va au-delà de faire un petit X dans un cercle une fois aux quatre ans.»
Elle a souligné que les 125 élus de l'Assemblée nationale n'étaient pas représentatifs de l'ensemble des réalités québécoises, dont les profils de «riches et d'amis de riches» se rejoignaient, formant un «système de démocratie qui ne ressemble pas beaucoup à une démocratie».
«C'est le problème d'un système qui n'a pas su s'adapter aux revendications différentes qu'ont les jeunes par rapport au fonctionnement politique», a mentionné la Pre Lacroix au sujet d'une démocratie participative à laquelle les citoyens ne s'identifient plus.
Elle a expliqué que le processus d'une démocratie participative nécessitait que les citoyens, par leur vote, fassent valoir leurs revendications auprès de la personne qu'ils auront choisi d'élire. Mais lorsque des citoyens se découragent de faire valoir par leur vote leurs besoins, un cercle vicieux s'engrange, laissant toujours plus de place à ceux qui choisissent d'exercer leur droit de vote, que leur vision représente la majorité ou non.
Pour la politologue, une piste de solution serait de contrer la désillusion démocratique en mettant un accent sur ce qui fonctionne par le processus démocratique, et les résultats qu'il donne.
Pour d'autres cyniques, le Parti NUL pourrait être un option envisageable.
Il offre la possibilité d'exprimer cet exact mécontentement en votant pour leur parti, dont la mission est de pouvoir donner un indicatif exact du nombre d'électeurs qui ont jugé qu'aucune des options qui s'offraient à eux ne pouvait être choisie.
Mme Bouchard n'a pas voulu préciser si elle irait voter.
Julia Myles, La Presse Canadienne

